• Mercredi

    Un centre commercial. Petits et grands blocs accolés les uns aux autres. Couleurs flashys. Vert pour Speedy, bleu pour Leclerc. Chacun essaye de capter le regard du consommateur. Dans ces artères de déambulation, rien pour s’asseoir. Aucune chaise pour se reposer et lézarder. Aucun café. Tout est minuté. Les courses, le garagiste, la culture… quelques pas plus loin.

    Un sourire dans cette grisaille. Celui du jeune mécanicien. Mais le temps est compté. Il faut passer à la caisse, récupérer la voiture, partir, laisser la place au suivant. Au suivant !

      

    Un matin dans la semaine

    Un matin, dans la cour. Le soleil s’est levé depuis peu. Des traînées roses flottent encore. Le cri d’un oiseau, son bruit d’ailes. Je ne l’ai pas vu passer. Juste deviné. Mais il est là. Comme le jour, ce matin.

      

    Vendredi matin

    Je lis « Grammaire africaine », court extrait de Mythologies, de Roland Barthes. Perdre le sens des mots, comme les personnages de Cent ans de solitude. Retourner les mots.

    Barthes capte le détournement du signifiant dans les discours des années 1950-60. Quand la guerre est écartée, quand on la maquille derrière le terme de pacification, quand on nie son existence en l’oubliant de son vocabulaire. A cet instant, je sais que je me servirai de ses mots dans mon travail.

    BBLR


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  • Je rentre à l’instant, rapidement, dans le bar. Et d’instinct, je sens que ce n’est pas L’instant habituel.

    Le bar est là pourtant, inchangé. Les tables noires et leurs petites lampes accrochées sur le côté de chaque box. La moquette brune, profonde. Et cette économie de décoration. L’instant reste épuré.

    Mais l’instant est suspendu. Vide. Personne. La musique qui enveloppe habituellement le fond de l’air est coupée. Silence. Tout est si lent alors que l’instant est chaque jour surchargé de voix, de bruits, de pas. L’instant agité s’est fracturé.

    Personne. Le barman roux est absent. La serveuse au look de punkette ne déambule pas. Aucun client.

      

    Je suis entrée en courant. J’ai l’habitude de venir chaque midi manger mon bout de salade ici. Un trajet habituel, impensé. Je me suis assise comme toujours au fond. Mais l’espace ne vibre pas de son tempo quotidien.

    Et il y a cette odeur acide. Ce parfum entêtant qui m’emplit. Odeur captée par les narines… et les nerfs. Une odeur aigre, persistante. Un air qui charrie la colère. Un temps mort. Le temps mord cet instant… puis s’accélère.

    Le barman entre, la main enserré dans une bande rougeoyante. Son visage est chaviré. Lorsque la porte s’est ouverte sur l’extérieur, j’ai vu les pompiers, dehors, près du banc à l’entrée. Couchés au-dessus d’un corps, une petite foule autour d’eux.

    Et cette odeur envahissante à l’instant.

    Le temps comprend, en flash. Odeur du sang. Je ne l’avais pas saisi, dans mon trajet d’habitudes, mais c’est bien ça, cette senteur puissante, chargée des flux sous notre peau. Et l’homme qui accompagne le barman retrace –presque à mon intention -, le fil de l’épisode précédent cet instant où je suis entrée en courant.

    Cet instant où une femme ivre a cassé son verre sur le bord de la table. Cette seconde où elle a lacéré son compagnon. Cette minute où le barman qui n’avait pas vu le passé du verre brisé a cru que la femme venait de se faire agresser. Cet instant où il a enserré l’homme. Ce passage successif où la femme l’a frappé du bout de son verre fracassé, là, au bras…

      

    L’instant se fige, l’odeur est là. Qu’est-ce que je fais ici, assise à cet instant d’après. Je n’ai pas saisi ces moments de l’instant fugitif. J’étais entrée et je n’ai rien vu. Je me suis attablé dans l’instant blessé.

    BBLR


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