• Néo-libéralisme et insécurité : La privatisation de la sécurité et la pénalisation sociale

    En renforçant le chômage, la précarité et les inégalités sociales, en détruisant le système d’éducation et en ne considérant pas le nécessaire lien pour former une société et non un marché de clients, les choix politiques néo-libéraux s’accompagnent d’une centralisation de la richesse entre quelques mains, de pratiques illégales et d’un sentiment d’insécurité par rapport à d’« autres » flous, inconnus et relégués dans des lieux fantasmés de bidonvilles ou de banlieue selon les États. Les lois se succèdent, les sanctions s’accumulent, les prisons sont sur-occupées, la société se pénalise, sans résultat. Ce constat n’est pas propre à la France depuis dix ans.

    Les États-Unis constituent le prototype d’une société violente et qui détient le record de la plus forte population carcérale du monde, avec une croissance de 660% de l’enveloppe consacrée aux prisons entre 1982 et 2006 [1]. Le néo-libéralisme s’accompagne d’une « criminalisation des classes dangereuses » [2]. Et le carcéral est lui-même devenu un système privatisé qui s’est érigé en une industrie florissante et lucrative, financée par les recettes publiques et les prisonniers [3]. Ces derniers sont les « salariés » américains les plus flexibilisés compte tenu des rémunérations perçues.

    Le profit introduit jusqu’au fond des cachots ne conduit-il pas à ébranler la logique pénale, interrogeant le choix et les modalités des sanctions qui servent la rentabilité d’entreprises sans répondre à lutter efficacement contre le crime et la délinquance ? La question est réellement posée lorsque deux juges exerçant dans une ancienne région minière et pauvre de Pennsylvanie admettent avoir reçu plus de 2,6 millions de dollars de la part de prisons privées pour condamner des mineurs à des peines de détention disproportionnées par rapport aux faits commis [4].

    Mais au-delà même des États-Unis, d’autres pays connaissent des situations comparables. Ainsi face à l’accroissement de la pauvreté et des inégalités sociales liées à la mise en œuvre de l’ALENA au Mexique, le Sénat vota des dispositions anti-criminalité particulièrement répressives, avec une augmentation des effectifs policiers de plus 100 000, la création de prisons de haute sécurité, l’accroissement de la sévérité des sanctions [5]. Ces dispositifs pénaux se révèlent particulièrement coûteux alors même que les pays ont pu connaître des politiques d’ajustement structurel imposées par le FMI et la Banque Mondiale et restreignant leurs politiques d’éducation ou de santé. Ces mesures répressives inefficaces sont avant tout des instruments de gestion et de contrôle de la pauvreté. Leur vote a d’ailleurs coïncidé avec le déclenchement de la révolte zapatiste.

    (1) Jacques Sorbier, Enquête sur un marché de 150 milliards de dollars, qui ne cesse de progresser grâce à la montée de la criminalité, Capital, n°127, 2002 ; Joel Dyer, The Perpetual Prisoner Machine: how America Profits from Crime, Westview Press, 2000, 318 p. Cités dans  http://sitecon.free.fr/prisons/capital.htm 

    (2) Loïc Wacquant, « De l’État social à l’État carcéral. L’emprisonnement des classes dangereuses aux Etats-Unis », Le Monde diplomatique, juillet 1998,  http://www.monde-diplomatique.fr/1998/07/WACQUANT/10652 

    (3) Jacques Sorbier, Enquête sur un marché de 150 milliards de dollars, qui ne cesse de progresser grâce à la montée de la criminalité, Capital, 2002, n°127

    (4) AFP, Etats-Unis: des juges corrompus envoyaient des jeunes dans des prisons privées, 16 février 2009,  http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5h1prCS_vYBAIpPBH6-CF5Q1LPwWg 

    (5) Noam Chomsky, Le profit avant l’homme, op. cit., p. 190-191.

     

    BBLR


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