• Changeai le monde

    Rénover la démocratie pour un autre monde possible
    Petite pierre au chantier de la rénovation de la vie démocratique.  Dans le contexte d’une dévalorisation du volontarisme… [lire la suite]

    Comment garder espoir face à la crise ?
    Tous les secteurs sont envahis par ce mot dévorant, la « crise » : crise de l’éducation, de l’économie, crise sociale, politique… [lire la suite]

    Néo-libéralisme et insécurité : La privatisation de la sécurité et la pénalisation sociale
    En renforçant le chômage, la précarité et les inégalités sociales, en détruisant le système d’éducation et en ne considérant pas… [lire la suite]

    Le néo-libéralisme, un mythe à déconstruire pour revenir en démocratie
    Fin 2011. Les plans de rigueur se succèdent en Europe. Ils sont imposés de manière autoritaire… [lire la suite]

  • Petite pierre au chantier de la rénovation de la vie démocratique.

    Dans le contexte d’une dévalorisation du volontarisme politique, les questions de l’existence et de la qualité de la vie démocratique me paraissent en effet essentielles. Si les marchés économiques et financiers sont jugés plus efficients que la délibération démocratique, car « plus raisonnables », « moins marqués par la démagogie », et exempts de toute « idéologie », alors nous assistons dans le même temps à un affaissement du débat et du respect de la délibération démocratique [1]. C’est la participation elle-même à la vie politique qui s’effrite peu à peu. Les constats sur le fossé entre les élus et les citoyens et sur la croissance de l’abstentionnisme à chaque élection sont rabâchés, sans que cette désespérance ne pousse à des propositions fondatrices d’un nouveau rapport politique [2].

    Parallèlement, notre course à la croissance et au développement perpétuel dans un contexte de ressources limitées peuvent rapidement nous conduire vers une catastrophe écologique et humaine. Et on imagine aisément dans un tel scénario « des régimes autoritaires imposant des restrictions draconiennes à une population affolée et apathique » [3]. Pour ne pas parvenir à une telle situation, l’intégration de la composante écologique dans un projet politique démocratiquement conçu et discuté est indispensable.

    Comme le soulignait Ivan Illich, « l’installation du fascisme technobureaucratique n’est pas inscrite dans les astres. Il y a une autre possibilité : un processus politique qui permette à la population de déterminer le maximum que chacun peut exiger dans un monde aux ressources manifestement limitées… » [4].

    Enfin, comme l’exprimait le réalisateur du film « L’exercice de l’État », le temps n’appartient plus à l’homme politique… La démocratie a pourtant besoin de temps, elle en est même dévoreuse, afin de former les citoyens à la prise de décision, de les faire participer, d’identifier les problèmes et de formuler les idées et propositions. Or le phénomène actuel d’accélération du temps implique des décisions dans des délais de plus en plus courts, à la vitesse de rédaction et d’envoi des mails… Vitesse de décision des marchés financiers, vitesse des décisions des dirigeants d’entreprise, rapidité des gouvernants dans leurs décisions … qui parfois se contredisent.

    Si nous pensons qu’un autre monde est souhaitable et possible, la question de la vie démocratique est en son cœur. Parce que cet autre monde possible passe par un choix fait par les citoyens dans le contexte d’un réel débat et d’une délibération de qualité.

    Mais comment peut-on contribuer à refonder la démocratie ? En effet, la participation de tous les citoyens est délicate et même les démocraties directes, comme Athènes, ne sont jamais parvenues à impliquer tous les « citoyens », déjà peu nombreux lorsqu’on en écarte les femmes, les esclaves et les étrangers. Pour autant, je ne pense pas que les populations souhaitent un système antidémocratique. Alors, « comment aménager la désirabilité de la démocratie en prenant en compte les routines, les intermittences de l’implication ou les attentions obliques » [5] des citoyens ?

    La démocratie représentative n’est pas une panacée mais elle n’est pas non plus l’incarnation du mal. Et des aménagements de la représentation sont envisageables comme le droit de révocation des élus, l’organisation d’états généraux, le référendum d’initiative populaire, le recours à la participation directe dans certains cas ou le bon usage des conférences de citoyens, etc., comme le souligne Serge Latouche. Pour cela, il faut des propositions et des débats.

    Le pacte civique participe de ce débat en proposant de promouvoir l’éthique du débat et de la décision par la création d’un observatoire de la qualité de la vie démocratique. Cet observatoire devrait mettre en place une pédagogie de l’éthique du débat, présenter un rapport annuel sur les conditions du débat public et de la délibération, faire des recommandations sur l’utilisation des outils et des méthodes favorisant le débat et examiner l’implication des différentes catégories sociales et générations. Dans cette phase de démarrage, les animateurs du projet privilégient l’observation de la vie publique par des collectifs locaux volontaires qui pourraient notamment suivre selon leurs possibilités et volontés : le travail des députés suite aux contacts pris lors de la campagne législative, recenser les pratiques nouvelles sur leurs territoires et interpeller les maires dans la perspective des municipales de 2014. Ainsi est-il notamment mentionné l’observation concrète et ciblée du travail de quelques élus menée par le collectif de Lyon (suivi de 6 députés du département du Rhône).

    Initiatives à suivre et à lancer…

    Je partage avec d’autres l’idée que la revitalisation démocratique se réalise davantage dans la proximité que dans des structures nationales ou transnationales.

    En effet, la démocratie peut d’autant mieux fonctionner que la communauté est de petite dimension et ancrée dans un cadre commun de vie. Elle est en lien avec les mouvements de relocalisation qui se développent sous la forme des AMAP, des Villes en mutation, etc.

    L’initiative du collectif de Lyon paraît pertinente. Elle pourrait être poursuivie dans d’autres départements pour suivre :
    - d’une part la participation au débat et à la délibération parlementaire de quelques-uns de nos députés,
    - et d’autre part les modalités mises en œuvre par nos députés pour rendre compte de leur activité et recueillir les avis de leurs électeurs, donc de faire vivre la vie démocratique nationale sur un plan local.

    Plusieurs outils sont en cours de construction pour faciliter cette démarche. Au-delà du site de l’assemblée nationale lui-même, Regards citoyens a mis en ligne Nosdeputes.fr qui permet de suivre l’activité parlementaire de chaque député. Par ailleurs, une initiative, PWF (Parliament Watch France), est en cours de constitution en France. Il s’agit de s’appuyer sur les nouvelles technologies pour chercher à réduire la perte de confiance entre citoyens et élus. Le projet prévu pour le printemps prochain et déjà mis en œuvre en Allemagne prendra la forme d’une plateforme internet accessible aux citoyens pour poser des questions aux élus, dont les résultats sont relayés par les médias.

    Enfin, certains sont impliqués à un niveau ou à un autre dans la vie politique de notre commune ou agglomération (municipalités, conseils de quartier, conseils élargis, associations, etc.). Comment fonctionnent le débat et la délibération publics en leur sein, quelles places sont faites à l’écoute et à la participation des citoyens ?

    Des outils et des instances existent déjà mais bien des choses restent encore à inventer pour participer à la mesure de nos moyens à une observation et à une action pour la revitalisation de la vie démocratique, en cherchant aussi des partenaires mobilisés en ce sens.

     

    (1) L’irrespect politique à l’égard du « non » au référendum sur le traité européen en 2005 en est un exemple déconcertant en France.

    (2) Cornelius Castoriadis parle de « privatisation », c’est-à-dire de retrait de la population de la sphère politique : la population « vaque à ses affaires cependant que les affaires de la société lui semblent échapper de son action », Une société à la dérive. Entretiens et débats, 1974-1997, p. 14-15 ; 24-25.

    (3) Serge Latouche, Le pari de la décroissance, Fayard/Pluriel, 2010, p. 268.

    (4) Ivan Illich, « La convivialité », in Œuvres complètes, t. 1, p. 570. Et il ajoutait qu’« un tel programme peut encore paraître utopique à l’heure qu’il est [1973] : si on laisse la crise s’aggraver, on le trouvera bientôt d’un extrême réalisme. »

    (5) Philippe Corcuff, « Le pari démocratique à l’épreuve de l’individualisme contemporain », Revue du Mauss, n° 25, 1er semestre 2005, p. 77.

     

    BBLR


    votre commentaire
  • Tous les secteurs sont envahis par ce mot dévorant, la « crise » : crise de l’éducation, de l’économie, crise sociale, politique, etc. Un peu comme si ce terme était si évident qu’il en devient indémontrable. La crise entre dans un champ lexical « cosmétique » qui « vise à recouvrir les faits d’un bruit de langage » (Roland Barthes, Mythologies).

    Mais comment expliquer l’inflation dans l’usage de ce mot, qui du coup le rend indéchiffrable ?

    La première crise pétrolière se conjugue avec l’émergence d’une crise économique. Or ces crises remettent en cause ce qui semblait inimaginable depuis 1945, le retour du chômage et la fin de la prospérité obligatoire, du « progrès ». On assiste parallèlement à une prise de conscience écologique qui remet en cause l’idée de croissance infinie (rapport du club de Rome de 1972).

    Trois coups portés à la confiance dans la croissance et le développement technique, censés mener vers un monde plus sûr et plus prévisible. À ce contexte s’ajoute une politique de l’information qui démultiplie les sentiments de crise et d’insécurité. Chaque nouvel élément qui se produit devient le révélateur d’une crise.

    L’idée de progrès se vidant de sa substance, entraîne un enlisement dans le présent qui récuse le passé et perd de vue l’avenir. « Non seulement nous vivons dans un monde en crise mais nous vivons sous le surplomb de la crise », comme l’écrit M. Revault d’Allonnes (La crise sans fin). Il n’y aurait plus rien à décider. D’où le désespoir et le sentiment d’impuissance.

    Mais si on allait chercher le sens du mot…

    Selon l’étymologie grecque, la krisis est le moment décisif d'une maladie, son paroxysme. Celui où se dessinent deux possibilités, guérir ou périr. Mais krisis a aussi le sens de jugement.

    En effet, que ce soit en médecine ou en droit, les grecs pensaient la krisis à la fois comme une lutte et un choix. Ainsi y-a-t-il crise lorsque deux tendances se combattent ou lorsqu’il faut bien séparer ce qui est confus, décider et agir. La krisis met fin à la krasis (confusion). Elle prend alors le sens positif de jugement qui distingue et rétablit un ordre. C’est le moment décisif du processus, celui qui le réoriente.

    C’est ce sentiment confus qui semble actuellement dominer. Nous sommes à un moment décisif d’un processus, coincés sur la crête, concentrés entre l’avant et l’après. Et surtout englués dans une absence de perspective, non pas seulement de progrès mais aussi d’espoir.

    Or à cet instant décisif… ne devons-nous pas justement garder l’espoir ?

    Dans son ouvrage « Une autre vie est possible », J.C. Guillebaud s’insurge contre cette désespérance qui habite nos sociétés, ce « gaz toxique que nous respirons chaque jour » à travers le flux médiatique, le désenchantement de nos contemporains qui adoptent le ton de la dérision, de la raillerie, qui revient à « capituler en essayant de sauver la face ».

    Cela conduit à accepter l’idée d’une « fin de l’histoire », selon l’expression du philosophe Fukuyama en 1992, après l’effondrement du communisme… un triomphe de la liberté et de la démocratie, mais un ébranlement de l’espérance. Comme si aucune perspective ne pouvait exister en dehors d’un capitalisme dérégulé et triomphant, porté par Reagan aux États-Unis et par Thatcher en Grande-Bretagne, et auquel se sont convertis tous les pays européens. Thatcher elle-même ne déclarait-elle pas : « There is no alternative ». Vous n’avez pas le choix. Abandonnez l’espoir de tout changement, devenez réaliste.

    Cela conduit aussi à abandonner les aspirations qui ont traversé l’histoire européenne, notamment celle d’une plus grande égalité sociale. Parce que cette aspiration à l’égalité a été corrompue par le régime communiste elle deviendrait suspecte. Ainsi, lorsque fut abordée pendant la campagne présidentielle début 2012 la question de taxer les très riches, Michel Cicurel économiste de la Cie Rotschild déclarait : « l’impôt sur les hyper riches conduit à l’union soviétique puis au goulag » (cf. J.C Guillebaud).

    Enfin, cela conduit à abandonner le volontarisme politique qui a prévalu depuis le XVIIIe siècle. Parce que ce volontarisme s’est trouvé nié dans sa valeur par les politiques volontaires et totalitaires, nazie ou communiste. La chute du communisme serait alors le symbole de l’échec de la volonté politique.

    La conséquence de cet abandon de toute volonté politique, est que « le marché prend durablement le pas sur la démocratie. Le marché est jugé plus « raisonnable » que la politique, toujours soupçonnée de démagogie » (J.C. Guillebaud). Puisque l’intérêt général ne serait rien d’autre que la somme des intérêts individuels, il faudrait ramener l’État à un niveau minimal d’intervention, donc réduire le champ du politique et toute possibilité d’intervention dans la société (puisqu’une société ça n’existe pas, disait Thatcher, qui ne voyait qu’une somme d’individus).

    Si les marchés sont jugés plus efficients que la délibération démocratique, alors l’idéologie dominante conduit aussi à un abaissement de la démocratie.

    L’absence de projets politique et social, le fatalisme, dominent. Au « à quoi bon ? » répond la recherche du plaisir immédiat et personnel. L’espoir s’assimile à la naïveté, voire la bêtise : « Mais on ne vit pas dans le monde des Bisounours, tu sais ? »

    Pourtant l’espoir et l’optimisme peuvent être un puissant moteur d’initiative, bien plus que la désespérance ou la jouissance immédiate et sans sens. Comme le souligne encore J.C. Guillebaud, « Espérer ne consiste pas à rêvasser ni à se priver de je ne sais quelle jouissance immédiate. Si l’espérance concerne l’avenir, elle se vit au présent, un présent qu’elle éclaire et enrichit. Loin de « soustraire » quelque chose au bonheur immédiat, comme le répète depuis 20 ans le philosophe André Comte-Sponville, elle lui ajoute une dimension. Et une saveur. Renoncer à l’espérance n’entraîne par conséquent aucun « bénéfice » en termes d’hédonisme. Si tel était le cas, alors les sociétés rassemblées autour d’un projet d’avenir et d’une espérance seraient moins heureuses que celles, qui n’espérant plus rien, se vouent à l’ébriété du présent. La sagesse grecque - hédoniste ou stoïcienne – procède par adaptation à un monde qu’elle renonce à transformer. Faire aujourd’hui retour à ce stoïcisme, c’est consentir à baisser les bras ».

    Mais comment garder espoir ?

    Garder sa capacité à espérer n’est-ce pas tout d’abord une condition essentielle pour vivre ? J.C. Guillebaud parle d’une disposition de l’âme, une sensibilité à mettre en mouvement. Il la met en relation avec le petit matin, le mois d’avril, l’idée d’un commencement ou d’une remise en route, pour ne pas se complaire dans les nostalgies d’un passé.

    Espérer n’est pas une attitude béate, c’est aussi émettre des choix pour l’avenir, vouloir modifier le présent, donc être capable de le regarder en face, de le refuser en l’état et non pas seulement le subir sans vouloir le modifier. Espérer est donc nettement plus anti-conformiste que rester sans espoir. Cette espérance du petit matin est capitale parce qu’elle est avant tout son choix personnel de croire.

    Garder espoir, n’est-ce pas aussi exercer sa liberté ? Et tout d’abord sa liberté de penser. Exercer l’espoir, c’est aussi lutter quotidiennement contre la médiatisation actuelle en faveur du renoncement.

    Si on prend l’exemple du travail, des personnes se sentent aujourd’hui aliénées dans leur travail, coincées dans une pièce confinée, où elles doivent réaliser un travail sans sens, éclaté, sans perspective, abandonné au fond d’un placard sitôt fait. D’autres se sentent dépossédées par un travail et des techniques qui évoluent chaque jour, ne le leur laissant pas le temps de les intégrer et réduisant leur capacité d’initiative. D’autres encore voient leur entreprise s’étioler et craignent pour leur avenir. Comment garder espoir dans ces situations ?

    Il n’y a pas de breuvage miracle mais le seul fait de prendre du recul sur ce qui nous est présenté comme une fatalité peut être salvateur. Est-ce que le temps de notre vie ne peut être que subi lourdement, comme s’il ne pouvait comporter aucune espérance pour l’avenir qu’un lendemain planifié, sûr mais déjà mort ? Prendre conscience de la valeur totalitaire que la notion de « travail » (salarié cela va de soi) a acquis dans notre société ne résout pas toutes ses difficultés, mais permet de se libérer du poids de la doxa, de regarder avec plus de distance la pression sociale, de son environnement, et même celle que l’on se met soi-même sur le dos. Un peu comme sortir du rouleau compresseur pour essayer de faire ses choix de vie.

    Un certain nombre de personnes se pose actuellement ces questions sur le sens de leur travail. Elles changent parfois de direction pour garder l’espoir et la liberté de choisir leur vie (cf. M. Crawford, Éloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travail, et les expériences des uns et des autres). D’autres se posent les mêmes questions en essayant de bouger la machinerie en interne, en rappelant la solidarité et les valeurs au sein du collectif de travail. Quelles que soient les formes prises, c’est bien l’espérance qui permet de projeter ces changements et de dépasser les peurs qui nous font baisser les bras.

    L’espoir est un moteur d’engagement personnel et librement choisi, dans le sens qu’on veut donner à la vie et au monde autour de soi. Il permet aussi de garder un esprit plus critique, plus ouvert à d’autres idées et modes de vie, parce que la contrainte du jugement social s’allège.

    On en voit aujourd’hui les traces dans les multiples initiatives de la société civile, certes éclatées, mais porteuses de changements (cf. retour d’expérience du groupe sobriété heureuse, journaux alternatifs comme L’âge de faire (http://lagedefaire-lejournal.fr/), initiatives des Villes en transition (http://villesentransition.net/), les indignés, etc.). Magma d’expériences peu reliées entre elles, mais marquées par l’espoir d’un autre monde possible et par l’engagement.

    Le choix de l’espérance peut alors être la libération d’une « créativité » endormie par le fatalisme. Il aide aussi à mieux regarder autour de soi et en soi. Pour voir les choses qu’on laisse parfois couler ou qu’on accepte, parce qu’on pense ne pas pouvoir les changer. Pour voir en soi et essayer tant bien que mal de se hausser à la hauteur de cette espérance.

    Conserver ou retrouver sa capacité à espérer, c’est un peu comme ajouter de la saveur à sa vie, en refusant de renoncer. Et la crise peut être un stimulateur pour se mettre en mouvement.

    BBLR


    votre commentaire
  • En renforçant le chômage, la précarité et les inégalités sociales, en détruisant le système d’éducation et en ne considérant pas le nécessaire lien pour former une société et non un marché de clients, les choix politiques néo-libéraux s’accompagnent d’une centralisation de la richesse entre quelques mains, de pratiques illégales et d’un sentiment d’insécurité par rapport à d’« autres » flous, inconnus et relégués dans des lieux fantasmés de bidonvilles ou de banlieue selon les États. Les lois se succèdent, les sanctions s’accumulent, les prisons sont sur-occupées, la société se pénalise, sans résultat. Ce constat n’est pas propre à la France depuis dix ans.

    Les États-Unis constituent le prototype d’une société violente et qui détient le record de la plus forte population carcérale du monde, avec une croissance de 660% de l’enveloppe consacrée aux prisons entre 1982 et 2006 [1]. Le néo-libéralisme s’accompagne d’une « criminalisation des classes dangereuses » [2]. Et le carcéral est lui-même devenu un système privatisé qui s’est érigé en une industrie florissante et lucrative, financée par les recettes publiques et les prisonniers [3]. Ces derniers sont les « salariés » américains les plus flexibilisés compte tenu des rémunérations perçues.

    Le profit introduit jusqu’au fond des cachots ne conduit-il pas à ébranler la logique pénale, interrogeant le choix et les modalités des sanctions qui servent la rentabilité d’entreprises sans répondre à lutter efficacement contre le crime et la délinquance ? La question est réellement posée lorsque deux juges exerçant dans une ancienne région minière et pauvre de Pennsylvanie admettent avoir reçu plus de 2,6 millions de dollars de la part de prisons privées pour condamner des mineurs à des peines de détention disproportionnées par rapport aux faits commis [4].

    Mais au-delà même des États-Unis, d’autres pays connaissent des situations comparables. Ainsi face à l’accroissement de la pauvreté et des inégalités sociales liées à la mise en œuvre de l’ALENA au Mexique, le Sénat vota des dispositions anti-criminalité particulièrement répressives, avec une augmentation des effectifs policiers de plus 100 000, la création de prisons de haute sécurité, l’accroissement de la sévérité des sanctions [5]. Ces dispositifs pénaux se révèlent particulièrement coûteux alors même que les pays ont pu connaître des politiques d’ajustement structurel imposées par le FMI et la Banque Mondiale et restreignant leurs politiques d’éducation ou de santé. Ces mesures répressives inefficaces sont avant tout des instruments de gestion et de contrôle de la pauvreté. Leur vote a d’ailleurs coïncidé avec le déclenchement de la révolte zapatiste.

    (1) Jacques Sorbier, Enquête sur un marché de 150 milliards de dollars, qui ne cesse de progresser grâce à la montée de la criminalité, Capital, n°127, 2002 ; Joel Dyer, The Perpetual Prisoner Machine: how America Profits from Crime, Westview Press, 2000, 318 p. Cités dans  http://sitecon.free.fr/prisons/capital.htm 

    (2) Loïc Wacquant, « De l’État social à l’État carcéral. L’emprisonnement des classes dangereuses aux Etats-Unis », Le Monde diplomatique, juillet 1998,  http://www.monde-diplomatique.fr/1998/07/WACQUANT/10652 

    (3) Jacques Sorbier, Enquête sur un marché de 150 milliards de dollars, qui ne cesse de progresser grâce à la montée de la criminalité, Capital, 2002, n°127

    (4) AFP, Etats-Unis: des juges corrompus envoyaient des jeunes dans des prisons privées, 16 février 2009,  http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5h1prCS_vYBAIpPBH6-CF5Q1LPwWg 

    (5) Noam Chomsky, Le profit avant l’homme, op. cit., p. 190-191.

     

    BBLR


    votre commentaire
  • Fin 2011. Les plans de rigueur se succèdent en Europe. Ils sont imposés de manière autoritaire et en dehors de tout système démocratique en Grèce et en Italie [1] sous la pression des marchés par l’Union européenne, et tout particulièrement le couple franco-allemand. Le médicament de l’austérité se généralise dans les pays qualifiés de « PIIGS » (Portugal, Italie et Irlande, Grèce, Espagne) par des journalistes britanniques et américains [2] sans que l’Europe ne s’offense de traiter de « porcs » des États souverains alors que les médias et politiques français se révèlent offusqués d’entendre quelques opposants socialistes souligner l’existence de « diktats » allemands [3] à propos de la dirigeante Angela Merkel et non du peuple allemand. La rigueur se poursuit, avec des mesures de coupes dans les dépenses publiques au Royaume-Uni et en France, et une entrée en récession. Les mesures annoncées en Grèce mais aussi en Italie au titre dans ce dernier cas de la « relance » ne sont qu’un catalogue répété depuis trente ans de mesures néolibérales : flexibilisation du marché du travail, déréglementation des professions, privatisations, diminution des droits sociaux (retraite, salaires, horaires de travail, protection sociale), diminution des dépenses publiques, baisse des prélèvements sur les entreprises pour relancer la compétitivité, etc. Mais ces recettes n’ont pas fonctionné. Certes les déréglementations sur les marchés ont permis d’accroître momentanément la croissance économique en autorisant les spéculations et la formation de bulles à l’origine de multiples crises, dont la crise financière de 2007. Mais elles ont surtout accompagné une concentration des richesses entre quelques mains alors que les inégalités n’ont cessé de s’accroître. Et si le chômage est apparu plus faible durant la décennie 1980-1990 aux États-Unis ou actuellement en Allemagne, c’est au prix également d’une insécurité renforcée de l’emploi et d’une précarité salariale. Mais ces saignées appliquées comme remèdes à la crise actuelle continuent d’être invoqués comme la seule solution « raisonnable ». Où se trouve la raison dans une économie tenue par de tels dogmes ?

    Le néo-libéralisme implique une foi quasi religieuse dans ses principes et pratiques qui ne peuvent pas être remis en question. Il exige une croyance sacrée dans le caractère infaillible du marché dérégulé, en faisant appel à des théories du XIXe siècle très éloignées des réalités [4]. Le même constat peut être fait au sujet de la construction européenne. L’invocation à l’Europe, le dogme de sa construction pour la paix justifie d’adhérer au marché unique, à la libre circulation des marchandises et des capitaux tout en limitant celle des hommes, à une Europe purement marchande et libérale. Lorsque certaines populations européennes sont amenées à donner leur avis sur les traités européens, il ne leur est pas demandé de comprendre et d’analyser le texte mais de marquer un assentiment sans réserve. Si les peuples interrogés pour la forme ne s’y plient pas, on pourra les réinterroger jusqu’à ce qu’ils comprennent où se trouve leur intérêt et y adhèrent, comme en Irlande, ou alors le parlement adoptera ce texte remanié à l’abri de ses murs, en se prétendant être le représentant du peuple qui l’avait refusé, comme en France. Ceux qui voudraient s’opposer à ce mode de construction européenne ne sont dans les discours politique et médiatique que de dangereux nationalistes, conservateurs et qui ne maîtrisent pas l’enjeu des traités pour une Europe forte et pacifiée. Pourtant l’Europe n’a jamais paru si divisée, si affaiblie qu’en cette fin d’année 2011.

    Selon la religion néo-libérale, il n’y a pas d’alternative. Cette maxime lancée par Margaret Thatcher et d’autant plus assénée qu’il n’existe plus d’opposition communiste au capitalisme depuis 1990, est serinée avec force depuis 30 ans pour marquer une sorte de « fin de l’histoire » (Fukuyama) à son stade de civilisation le plus élevé, celui de la démocratie libérale triomphante. Tout le reste serait un échec, y compris l’État social imaginée depuis la crise de 1929 et l’ère keynésienne. Mais démocratie et libéralisme ou plutôt néo-libéralisme ne riment pas automatiquement. Les exemples de la Chine, de la Russie et d’un certain nombre de pays d’Europe de l’Est sont là pour le prouver. La démocratie ne semble parfois qu’un masque formel dans nombre de pays occidentaux, comme cela est apparu lors des référendums successifs sur le traité européen en Irlande ou lors de l’adoption parlementaire d’un traité simplifié refusé par le peuple français. Où se trouve le masque démocratique lui-même lorsque les gouvernements grecs et italiens tombent sous la pression de l’Union européenne et des marchés financiers et en dehors de tout processus électoral ? Les médias justifient ces évictions, les politiques ne réagissent pas et soulignent la nécessité d’un gouvernement d’« union nationale », revendiqué en temps de « guerre » ou de « siège » et justifiant la mise entre parenthèses des libertés publiques. Où se trouve l’ennemi qui empêcherait de renforcer une politique d’austérité, si ce n’est le peuple lui-même, c'est-à-dire au final la démocratie ?

    Les intérêts invoqués dans la crise actuelle rappellent les dangereux propos de Milton Friedman. Le grand chantre de l’École de Chicago soulignait dans son ouvrage « Capitalisme et liberté » que faire des profits serait l’essence même de la démocratie, et que tout gouvernement qui poursuit une politique contraire aux intérêts du marché serait donc anti-démocratique même s’il avait le soutien de la population [5]. La politique doit être au service du marché et du capital, y compris contre la volonté populaire. Les récents exemples européens en sont un témoignage. La démocratie est appelée à s’effacer devant la religion capitaliste.

    La démocratie devient alors « formelle ». Fabrique d’illusions, elle se retrouve calquée sur les dogmes économiques néolibéraux très éloignés des réalités. Le débat public se trouve limité aux questions mineures tandis que les vraies questions d’organisation sociale et de redistribution des richesses sont déterminées par les forces du marché dans le cadre d’un rapport de domination économique non pensé [6]. Les alternatives politiques européennes des dernières années soulignent ce constat établi par Chomsky, tandis que la politique médiatique française menée depuis 2007 en est un exemple éclatant. Les gouvernements socialistes ou socio-démocrates en Espagne (gouvernement de Zapatero), au Portugal ou en Allemagne ou au Royaume-Uni, tout autant qu’en France pour la décennie précédente ont mené des politiques très libérales sur le plan économique, avec des baisses de cotisations sociales, le choix de privatisations, d’allongement du départ en retraite, etc. Au nom d’un principe de « réalité », ces gouvernements « socialistes » mènent tout autant que les conservateurs avec lesquels ils alternent une politique économique conforme aux dogmes néo-libéraux.

    Quels sont alors les choix politiques et où se trouve le débat public ? Sur la scène française, ce débat est devenu squelettique depuis 2007. Volontairement centré sur les « étrangers » et « les délinquants », puis sur « les fous », « les musulmans », « les Roms », « les mineurs », « les fraudeurs sociaux », « l’insécurité » ou « l’identité nationale », avec des amalgames marqués du sceau de la division, il évacue toute discussion essentielle sur les choix de politique économique, sociale et environnementale. Exemple parmi tant d’autres, le pointage sur les « fraudeurs sociaux » dans le cadre des économies à mener sur les dépenses publiques. Bien que la fraude sociale soit bien largement liée à une fraude sur les prélèvements (travail dissimulé et fraude sur les cotisations sociales) tandis qu’elle concerne davantage les professionnels et établissements de santé que le quidam moyen au sein des fraudes aux prestations sociales [7], la parole politique vise le celui qu’il considère comme un « assisté » (le fraudeur aux minima sociaux) ou un « profiteur » (le fraudeur retraité étranger [8]). Cette politique de vindicte et de division permet de prendre des mesures visant les catégories pointées dans les médias tout en établissant un diagnostic qui souligne la part prépondérante d’autres populations non ciblées médiatiquement dans la fraude, comme les employeurs de travailleurs non déclarés. Ainsi la forme du débat démocratique, bien que limitée au cercle des parlementaires est-elle respectée, en ne relayant médiatiquement et politiquement que les mesures les moins efficaces dans la lutte contre la dette de la sécurité sociale. Plus largement, cette manière d’agir permet d’écarter tout débat sur la dette elle-même, son origine et les mesures réellement utiles pour la circonvenir.

    Les médias dominants participent à cette fabrication d’illusions démocratiques. Présentant la situation actuelle comme sans alternative, ils ne dénoncent pas les illusions démocratiques, voire ses dénis. La faible critique relevée dans les journaux face aux gouvernements d’union nationale en Italie et en Grèce qui ont pris le pouvoir en dehors de toute élection est significative. Le Figaro indiquait le 7 novembre 2011 que « personne en Grèce n'estime qu'un recours aux urnes réglerait quoi que ce soit » [9] tandis que L’Express présentait le 6 novembre le futur gouvernement d’union nationale comme le résultat d’un « accord politique obtenu de haute lutte dans un pays très fortement polarisé politiquement » [10] Bref, le peuple n’a pas à s’exprimer sur son avenir, les médias dominants entérinent la question. Après avoir présenté le référendum proposé par le premier ministre grec sur leur avenir au sein de la zone euro comme un acte d’irresponsable, une grande part de journaux renchérissaient sur la crise politique aigüe et l’obligation pour les grecs d’accepter le plan d’aide européen et ses contreparties socialement très lourdes pour l’avenir des grecs. Ainsi L’Express déclarait-il : « Stupeur et indignation dominaient les réactions en Europe et dans le monde à l'annonce surprise, lundi soir, de ce référendum sur le plan de sauvetage par le Premier ministre grec Georges Papandréou, car un "non" des électeurs grecs pourrait être un prélude à une faillite du pays qui menacerait la viabilité de la zone euro », tandis que les milieux financiers ont été « surpris et choqués » par un recours au choix populaire [11] Le drame est annoncé et le ton est donné. Les Grecs sont appelés à obéir aux injonctions européennes, et principalement aux dirigeants franco-allemands bien décidés à appliquer le plan d’aide en dehors de toute considération de la volonté populaire grecque. L’Express ajoute que Nicolas Sarkozy a martelé à l’issue d’une réunion interministérielle à l’Elysée que « L'accord est "la seule voie possible pour résoudre le problème de la dette grecque ». La proposition de M Papandréou de recourir au référendum populaire est présentée comme un « coup de dés » par le président de la Banque mondiale Robert Zoellick ou comme un « coup de poker » par l’Express [12]. S’il paraît légitime de comparer l’idée du référendum sur l’accord européen à un chantage au pouvoir afin de ne pas recourir à des élections anticipées [13], l’idée référendaire n’était pourtant pas absolument nouvelle puisqu’elle avait déjà été évoquée par le premier ministre selon le rapport des Sénateurs français de juin 2011. Le journal Le Monde se montre lui aussi relativement réservé sur la question de la démocratie en Grèce. S’il souligne le 14 novembre la présence du nouveau premier ministre du gouvernement d’union nationale L. Papadémos comme président de la banque centrale grecque au moment du passage de la Grèce dans la zone euro et le maquillage des comptes publics sur les conseils de la banque Goldman Sachs, le même journal estime trois jours avant que « le profil du nouveau premier ministre grec va rassurer les dirigeants européens et les milieux économiques » [14].

    Les décisions politiques apparaissent sur un mode univoque. Les mesures européennes d’aide économique (aide financière et mesures d’austérité) pourtant reconnues pour leur inefficacité par les parlementaires français (rapport Sutour-Humbert de juin 2011) sont présentées dans les principaux médias comme les solutions rationnelles, indispensables et bienveillantes. La mythologie néolibérale emplit la pensée des experts et journalistes qui disposent des principales audiences populaires. Elle marque ainsi de son empreinte le milieu culturel dominant, en laissant dans l’ombre les pensées contestataires.

    La nécessité de repenser la place et les acteurs du débat démocratique dans nos sociétés

    Les aspirations démocratiques des peuples sont essentielles. Le sentiment de faire face à la censure, au refus du débat, tout autant que l’absence d’information et de discussion sur les décisions prises pour son environnement immédiat asphyxient les individus. Comment interpréter autrement les réactions de comités de citoyens qui se sont constitués spontanément un peu partout en France, notamment dans le sud, suite aux permis d’exploitation du gaz de schiste délivrés en catimini par le gouvernement ? Ces décisions ont été adoptées sans prendre en compte les risques environnementaux connus aux États-Unis et dénoncés dans le film Gasland. Elles ont également été prises sans débat démocratique alors même qu’elles impactent durablement sur l’environnement des populations concernées. Lorsque le pouvoir politique allié aux grandes sociétés chargées de l’exploitation du gaz de schiste estiment que la population ne doit pas se voir permettre de contester ou de modifier les règles du jeu en accordant en dehors de tout débat public des permis d’exploitation, le système cesse de fonctionner selon un modèle démocratique. Il s’affirme comme le connaisseur des besoins de la majorité sans pouvoir les connaître. Ce faisant, il devient le complice d’une infime minorité, en l’occurrence les compagnies concessionnaires, et ne répond qu’à ses seuls besoins. C’est ce type de comportement qui paraît inacceptable et qui nécessite d’être repensé de manière générale et à tous les échelons des groupements, depuis l’association jusqu’à l’entreprise, le parti, l’administration et les institutions politiques, pour que le débat public et démocratique prime toujours et qu’aucun individu ou groupe d’individus ne puisse se positionner comme connaisseur et expert des besoins de la majorité.

    Le culte du secret en démocratie est même valorisé comme fonctionnement politique. Le célèbre politologue Samuel Huntington estime que « le pouvoir demeure fort tant qu’il reste dans l’obscurité : exposé à la lumière du jour, il commence à s’évaporer » [15]. Comment encourager le secret dans une démocratie sans justifier dans les faits le gouvernement par une oligarchie ?

    Non seulement certains politologues justifient le secret dans la démocratie mais les milieux d’affaire eux-mêmes veillent dans les démocraties occidentales à ce que les questions importantes, comme par exemple celles qui étaient relatives à l’Accord Multilatéral sur l’Investissement dans les années 1990, ne soient pas débattues publiquement. Il a fallu une forte mobilisation internationale et associative pour faire connaître ces discussions privées sur des questions intéressant tous les citoyens dans le monde [16].

    Le même constat peut être fait sur la question énergétique. Sur le plan mondial, le développement a pu s’opérer depuis 1945 grâce à un pétrole bon marché et abondant. Ce faible niveau de prix a pu être maintenu grâce à l’usage de la menace ou de la force, comme par exemple avec l’intervention américaine en Iran en 1953 pour renverser le dirigeant démocratiquement élu Mossadegh qui avait nationalisé les sociétés pétrolières dans son pays. L’idée de carburants fossiles bon marché est donc « une pure fiction » si l’on intègre l’ensemble des frais destinés à maintenir son coût bas [17]. La même fiction peut être relevée sur le coût de l’énergie nucléaire en France. Les choix ont été faits dans les années 1960-70 hors de la place publique et des citoyens. La transparence n’existe pas sur la question du nucléaire et les chiffres les plus fantaisistes ont pu circuler, aussi bien en ce qui concerne le nombre de travailleurs du nucléaire (pensons au million de travailleurs récemment découverts par M Proglio) que le coût des centrales (établi sans prendre en compte le coût de la maintenance et du démantèlement) ou leur sécurité. Même la catastrophe de Fukushima qui a ébranlé les certitudes d’autres pays européens n’a pas entamé le dogme sur la sûreté du nucléaire français au sein du gouvernement. Les questions sont venues des citoyens et le débat pourra peut-être enfin avoir lieu sur la place publique grâce à cette mobilisation. Les mêmes débats méritent d’avoir lieu sur l’agriculture, l’alimentation, l’éducation, le travail et plus largement sur nos choix économique et politique de vie.

    Mais le débat ne doit pas se limiter à constituer une formalité. Le vote ne peut seul résumer la démocratie s’il ne s’accompagne pas de débats réels et continus tout au long du mandat démocratique et non de simples meetings formatés au moment du seul processus électoral.

    Or dans la démocratie actuelle, il n’est fait mention de l’avis et du positionnement populaire que par le « résultat des urnes », malgré d’énormes taux d’abstention, et par le biais de sondages. Les sondages sont devenus plus que les élections, le moyen de connaître l’avis de la population, voire de ses différentes catégories. Or cette « dictature des sondages » empêche le débat lui-même de s’exercer sur la place publique puisque quelques instituts, détenus par de grandes sociétés dont certains dirigeants président également le MEDEF (Laurence Parisot pour IFOP) vont chercher directement les avis des individus donnés isolément et sans discussion préalable. L’opinion générale sur des questions déterminées en dehors de toute question exprimée par la population elle-même prime sur le débat et l’échange publics. Quelques centaines de personnes interrogées sur des questions subsidiaires jouent un rôle déterminant pour la connaissance par les gestionnaires politiques de l’ « opinion publique ». L’interprétation et l’usage faits de ces mêmes sondages laissent songeurs. Ainsi un sondage réalisé tous les ans par BVA sur le sentiment des Français à l’égard de leurs services publics révélaient que les Français se montraient nettement plus attachés et positifs envers leurs services publics (éducation, police, justice, santé…) en 2011 par rapport aux trois dernières années. Mais l’interprétation de ce sentiment plus favorable était alors que finalement les Français n’avaient pas attachés d’importance au non remplacement d’un fonctionnaire sur deux et à la réduction des moyens, voire estimaient que ces réformes avaient eu un impact positif sur le fonctionnement des administrations. On pourrait penser aussi et de manière plus logique que les Français montrent ainsi leur attachement aux services publics au moment où ils sont menacés, mais cette possible interprétation n’est pas évoquée. Ces sondages d’opinion permettent en fait de faire avancer des idées, des interprétations parfois éloignées des questions initiales. Ces sondages interrogent sur les sentiments, les problèmes quotidiens ou la préférence pour telle ou telle personne. Aucun ne pose la question des éléments méritant d’être modifiés et le sens des modifications à avoir. Nous vivons le règne du sentiment et de l’avis, de l’émotion et de l’immédiateté, en écartant toute réflexion sur la contextualisation des problèmes et sur les évolutions à plus long terme.

    La démocratie réelle impose un débat réel sur une place publique réelle, ouverte à tous et prenant en compte la parole de tous, y compris de ceux ayant des difficultés à l’exprimer.

    Le premier point pour la démocratie réelle est donc l’existence d’une place publique large et ouverte à tous, réellement publique. La seule place publique actuellement effective et reconnue est constituée de l’isoloir lors des échéances électorales. Or les élections qui ne sont qu’un instant du fonctionnement démocratique et le seul actuellement en vigueur fonctionnent avec une très faible participation et un taux d’abstention record. Les comités de quartier fonctionnent en certains lieux mais encore faut-il avoir accès à l’information… Où se trouve la place publique dans notre démocratie actuellement ?

    Le deuxième point pour la démocratie réelle concerne le contenu des éléments objets de débat. Or, avec la privatisation d’un nombre croissant de secteurs, depuis les transports jusqu’à l’énergie ou les télécommunications, les prises de décision dans ces domaines « publics » ont été transférés à des institutions privées n’ayant pas de compte à rendre aux citoyens mais seulement à leurs actionnaires, y compris l’État ou plutôt son oligarchie. Ainsi les décisions prises par les responsables de General Electric aux Etats-Unis [18], tout autant que celles retenues par le PDG de GDF-Suez en France affectent l’ensemble de la société sans que les citoyens ou le parlement n’y participent. Seul le gouvernement représentant de l’actionnaire principal l’État peut être informé et influer sur la politique de GDF-Suez. Or le gouvernement n’est pas élu et constitue une sorte d’oligarchie gestionnaire mais non une représentation citoyenne. Par conséquent le champ du débat public tend à se restreindre.

    Le troisième point pour la démocratie réelle est que cette place publique si elle existe soit ouverte à tous et prenne en compte la parole de tous, y compris de ceux ayant des difficultés à l’exprimer. La question porte donc sur les acteurs de la démocratie. Selon Aristote, un citoyen responsable est « capable de gouverner et d’être gouverné » au sein d’une collectivité politique réflexive et délibérative. Or qui débat actuellement dans notre démocratie ? La seule scène démocratique électorale ouverte et connue ne fait intervenir qu’un faible nombre d’acteurs compte tenu du taux d’abstention. L’isoloir et le vote ne sont pas plus les lieux actifs de débat pour un citoyen actif et responsable. Ce lieu ne permet pas d’exprimer sa capacité à « gouverner et à être gouverné ». Mais hors de cette scène étroite, les acteurs sont en nombre encore plus limité. Les mouvements qui portaient un projet de réforme sociale et politique ont peu à peu disparu ou ont changé de nature. Les syndicats sont divisés et apparaissent comme des défenseurs d’intérêts sectoriels et souvent séparés de leur base tandis que les groupes catégoriels, bien que porteurs d’idées et de réforme, maintiennent cette défense fragmentaire de la société contenue dans le terme de « catégories », qu’ils s’agissent des femmes, des jeunes ou de groupes ethniques, culturels ou autres. Leur défense a mobilisé la société et a été indispensable pour la prise en compte de revendications non intégrées dans les discours dominants. Les mobilisations féministes ont ainsi été indispensables pour la prise en compte de la parole des femmes, pour la reconnaissance du viol comme un crime et du droit pour les femmes de disposer de leur corps. Indispensables, ces mobilisations de femmes mais aussi de différents groupes qui ne correspondent pas au modèle prédominant de l’homme blanc aisé et hétérosexuel, l’ont été et le demeurent encore, afin de faire avancer l’égalité. Mais ces mouvements multiples et légitimes ne peuvent constituer à eux-seuls un projet politique positif et mobilisateur pour l’ensemble de la société. Les partis politiques se révèlent en l’état actuel incapables de porter cette mobilisation. Comme le constatait Cornelius Castoriadis dès 1982, on assiste à une « privatisation de la société », c’est-à-dire à un désintérêt des individus pour leur « sort en tant que société » parallèlement à une décomposition des mécanismes de direction, notamment politiques, avec une vacuité dans les idées [19]. Selon le même Castoriadis, les méthodes de recrutement du personnel politique sont pour partie responsables de cette situation. En effet, faisant référence à la bureaucratisation des appareils politiques, il estime que « la sélection des plus aptes est la sélection des plus aptes à se faire sélectionner », tandis que le choix de candidats et de leaders pour les élections consiste à sélectionner comme dans un reality-show les personnalités les plus « vendables » auprès de citoyens-clients sur le marché du politique.

    Cette tendance n’a cessé de se renforcer depuis 1982, avec la recherche de la personnalité politique « charismatique », qui sait endosser le rôle du chef. N’entend-t-on pas actuellement les journalistes répéter comme un refrain bien assimilé : « Est-ce que le candidat X dispose d’une carrure de président, saura-t-il endosser le costume présidentiel, etc. ». Or cette évolution témoigne d’une politique essentiellement médiatique. En d’autres termes, la place publique est contenue dans les lieux médiatiques. Elle est incarnée par un spectacle avec un scénario détenu par quelques acteurs influents de ce milieu des médias, combiné aux pouvoirs politiques et économiques. Les citoyens n’ont pas la parole dans cette politique spectacle, dans cette « société du spectacle », puisqu’il s’agit d’images, d’apparitions qui n’incluent pas la réplique ni le débat [20].

    Comme l’indique Robert W. Mac Chesney, la démocratie réelle implique une « politique culturelle d’inspiration civique » [21]. En effet la démocratie néolibérale en augmentant les inégalités sociales rend plus difficile l’égalité devant la loi et dilue également le lien entre les individus. Cette démocratie formelle produit des consommateurs, non des citoyens, ce qui débouche sur une « société atomisée, peuplée d’individus désengagés, démoralisés et socialement impuissants » [22]. Les individus ont besoin de se sentir liés entre eux, avec une manifestation de ce lien par différents organismes ou institutions extérieurs au marché.

    Comme le souligne fort justement Cornelius Castoriadis, les individus d’une société ont besoin de se penser en société : « il ne peut y avoir de société qui ne soit pas quelque chose pour elle-même, qui ne se représente pas comme étant quelque chose (…) ce qui revient aussi à dire que tout individu doit être porteur « suffisamment quant au besoin/usage » de cette représentation de soi de la société. C’est là une condition vitale de l’existence psychique de l’individu singulier et de la société elle-même » [23]. Cela signifie donc pour l’individu pouvoir dire « je suis quelque chose », qui constitue une volonté « pour faire être ou faire vivre l’institution de sa société ». Cornelius Castoriadis parle d’un « effondrement de l’auto-représentation de la société », du « fait que ces sociétés ne peuvent plus se poser comme « quelque chose » ou que ce comme quoi elles se posent s’effrite, s’aplatit, se vide, se contredit » [24]. Or les constats actuellement réalisés sur le retrait des individus de la sphère publique, qu’il s’agisse du travail, de la politique, de l’action syndicale ou sociale, pour investir leur sphère privé, qu’elle soit familiale, communautaire ou religieuse, est une manifestation des séparations entre les individus et une fragmentation de la société. Elle témoigne d’une crise de la signification de notre société pour les individus pour répondre aux questions suivantes : qu’est-ce que ma société et qui suis-je au sein de la société ?

    Se penser en société implique une politique culturelle vivante, avec des lieux de rencontre publics fournissant aux citoyens les moyens de se rencontrer, de s’informer et de communiquer réellement ensemble. Se penser en société démocratique implique une éducation populaire et continue tout au long de la vie. En reprenant encore ici Cornelius Castoriadis, nous estimons en effet qu’« une société démocratique est une immense institution d’éducation et d’auto-éducation permanentes de ses citoyens, et qu’elle ne pourrait vivre sans cela. Car une société démocratique, en tant que société réflexive, doit faire constamment appel à l’activité lucide et à l’opinion éclairée de tous les citoyens » [25]. Soit tout le contraire  d’opinions formatées par des « experts » auto-désignés dans un petit vivier peu renouvelé et très représentatif de la classe masculine, aisée et blanche dominante, des professionnels de la politique et des médias, des lobbys des grandes multinationales, des sondages formatés et des think tanks qui rassemblent tous ces individus en petits groupements bien cloisonnés. Cette invitation à l’éducation continue est une ouverture à la créativité de tout citoyen.

    Culture, éducation et citoyenneté

    L’imprégnation mais aussi le souci d’affirmer l’idéologie néolibérale dans la culture se manifestent notamment par une maîtrise du vocabulaire. Le choix des mots permet en effet d’assigner des places au sein de la société et de manifester les lieux de la légitimité. Tout comme le choix du terme de « droits de l’homme » a un sens particulier par rapport à celui de « droits humains », le choix du mot « anti-mondialisation » pour désigner les personnes dénonçant le système néo-libéral est significatif. En plaquant ce terme sur leurs opposants, les promoteurs du régime néolibéral s’approprient le terme de « mondialisation » et l’associe au régime capitaliste. Pourtant, ce mot désigne « tout simplement une intégration internationale. Aucune personne saine d’esprit ne peut être anti-mondialisation » [26]. Cette appropriation du terme « mondialisation » n’est pas anodine dans la mesure où elle témoigne de la volonté de faire prévaloir dans le langage commun sa propre version de l’intégration internationale, conçue comme une interdépendance économique hiérarchisée selon un modèle impérialiste. La terminologie de militants « anti-mondialisation » apparaît volontairement comme ridicule, anachronique et archaïque pour désigner ceux qui sont favorables à une forme juste de la mondialisation et qui ont choisi le terme d’« altermondialiste ».

    Le même constat peut être fait pour tous les opposants même s’ils sont investis dans l’arène politique formelle. Ainsi François Fillon qualifie-t-il François Hollande, candidat socialiste à la présidentielle de 2012, d’« irresponsable » parce que ce dernier indique qu’il ne se tient pas tenu par l’engagement européen signé par l’actuel président Nicolas Sarkozy pour renforcer le « pacte de stabilité » (terme impliquant l’instabilité et l’insécurité en dehors de ce cadre), c’est-à-dire pour imposer des sanctions aux États qui ne respecteraient pas le dogme de l’équilibre budgétaire et qui se verraient en conséquence imposer leur politique budgétaire par l’Union Européenne. Le vocabulaire choisi limite le cadre et l’espace du débat public puisqu’il exclut tout choix. Celui qui est contre la politique actuellement menée est un « irresponsable » alors même que la pertinence de cette politique n’est pas discutée. La politique d’austérité et les choix effectués dans cette politique d’austérité (supprimer les dépenses plutôt qu’accroître les recettes) ne sont pas discutés alors qu’ils apparaissent comme inefficaces en ne faisant que renforcer la récession économique.

    Le vocabulaire se durcit encore à l’égard de contestataires hors champ politique classique. Ainsi, les altermondialistes sont-ils souvent présentés dans les médias dominants comme des jeteurs de pierre, des individus masqués et inquiétants qui cherchent à déstabiliser le système, voire comme des provocateurs de la police. Parallèlement les préoccupations et revendications des militants sont presque systématiquement passées sous silence. Ainsi lors d’un sommet mondial, de Davos au G7 ou G20 [27], et auquel s’opposent des altermondialistes, le journal télévisé s’ouvre sur des magasins fermés, dans une ville morte. Quelques commerçants ou riverains sont interviewés pour recueillir leurs inquiétudes face à des agitateurs qui restent fantomatiques. Mais le contenu des préoccupations des opposants dans le cadre du sommet en cours n’est presque jamais indiqué ni même interrogé. Les journalistes présentent la scène d’un théâtre, où les techniciens décrivent les décors, les costumes, l’espace. Mais la pièce se joue sans acteurs ni dialogues. Le journaliste offre du formel à son public aux heures de grande écoute.

    Mais le vocabulaire se durcit depuis quelques années à l’égard de contestataires inscrits dans le cadre habituel de l’opposition, les manifestants ou grévistes, souvent présentés comme des privilégiés ou des fonctionnaires agrippés à leurs acquis. Ce glissement progressif mérite d’être noté.

    Au-delà du vocabulaire proprement dit, l’imprégnation de l’idéologie libérale est telle qu’elle conduit à se considérer sans alternative possible. L’imaginaire et l’utopie se restreignent puisque le régime de la démocratie néo-libérale apparaît comme un stade ultime et indépassable, comme une « fin de l’histoire ». Cette démocratie néolibérale s’auto-proclame du pragmatisme. Elle rejette toute utopie (dans le sens d’un autre monde possible ou imaginé) au nom de la raison qu’elle incarne et au nom du risque de dérive totalitaire des différentes idéologies du XXe siècle. Ce faisant, la démocratie néo-libérale ne se pense pas comme une idéologie et elle ne conçoit pas ses propres dogmes. L’avenir paraît donc fermé, sans perspective d’évolution puisque la démocratie libérale serait une fin en elle-même. Le débat au sein d’une telle démocratie ne porte donc pas sur des enjeux d’avenir, de changements mais se concentre sur des éléments secondaires, annexes et sans intérêts. La démocratie néo-libérale ne peut donc offrir à ses citoyens qu’une « philosophie de la futilité », avec un débat sur la place publique relativement limité alors que les décisions politiques qui ne sont que de la pure gestion ou pragmatique sont l’objet de délibérations au sein du petit groupe dirigeant « l’entreprise » nationale. En effet, ces dirigeants se perçoivent comme des chefs d’entreprise ou de bons chefs de famille chargés de gérer leur usine ou leur patrimoine familial. N’est-ce pas d’ailleurs la comparaison actuellement faite par nombre d’élus ou de ministres entre le budget de l’État français et le budget familial ? La démocratie néolibérale se conçoit comme une entreprise de pure gestion réservée aux « ‘minorités intelligentes’ autoproclamées qui servent et administrent le pouvoir » [28].

    Ces constats conduisent à constater une crise du sens critique actuellement. Un consensus apparaît indépassable autour de la raison libérale, d’une union européenne dont le mode de construction sur la libre circulation des capitaux et des produits ne peut être critiqué sous peine d’être un conservateur ou un nationaliste guerrier. La médiatisation constante de ce consensus empêche tout exercice critique et limite l’apparition d’« intellectuels » à la mise en scène d’un réseau de répétiteurs du consensus assurant la publicité de leurs productions réciproques grâce à de multiples complicités. Serge Halimi a très bien mis en évidence dans Les nouveaux chiens de garde (date) ce réseau de journalistes et pseudo-intellectuels qui se congratulent les uns les autres dans un copinage indécent, monopolisant et appauvrissant ainsi la sphère médiatique. Bien que répétant inlassablement les mêmes banalités consensuelles, voire revisitant le sens de l’histoire, ces « intellectuels » sont présentés comme la subversion ou la pensée révolutionnaire. Ainsi Elisabeth Badinter, porte-parole affirmée et auto-proclamée du féminisme dans les médias dominants, devient-elle la voix de la subversion lorsqu’elle met en parallèle le combat féministe pour la criminalisation du viol avec la parution d’un petit ouvrage qui souligne les difficultés des femmes à assumer parallèlement vie professionnelle et familiale. Lorsqu’elle affirme que « c’est donc moins le renforcement de la législation contre le viol en 1980 qui marque un tournant décisif….que le succès d’un petit livre drôle et dénué d’acrimonie « le ras le bol des superwomen » en 1987… » (Fausse Route).

    Elisabeth Badinter compare et met sur le même plan les combats menées par les féministes pour la reconnaissance du caractère criminel du viol avec la parution d’un petit bouquin sans intérêt, à part celui qui lui a été accordé pendant quelques semaines ou mois par les médias !

    (À suivre)

     

    (1) Puisque de nouveaux gouvernements ont été formés dans ces deux pays sans qu’il y ait d’élections, sous la seule pression européenne et financière. Ces « sauveurs » grecs et italiens sont des technocrates étroitement liés à la faillite financière. Lucas Papadémos est l’ancien président de la banque centrale grecque au moment du passage à l’euro, c’est-à-dire lors du trucage des comptes grecs sur les conseils de la banque Goldman Sachs tandis que Mario Monti est un ancien conseiller de la banque Goldman Sachs.

    (2) Par exemple, Von Reppert-Bismarck, Juliane : Why Pigs Can’t Fly, Newsweek (7-14 juillet 2008).

    (3) http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2011/12/01/arnaud-montebourg-merkel-detruit-la-zone-euro_1611917_1471069.html,  http://blog.lefigaro.fr/threard/2011/12/montebourg-et-le-social-nation.html 

    (4) Noam Chomsky, Le profit avant l’homme, p. 9.

    (5) Ibid., p. 10. Rappelons que Milton Friedman a conseillé et soutenu l Pinochet au Chili pour mettre en œuvre son idéologie néo-libérale contre le gouvernement de Salvador Allende élu démocratiquement. Voir Naomi Klein, La stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre, Actes Sud, 2008.

    (6) Ibid., p. 16.

    (7) M. Xavier Bertrand, ministre du travail, de l’emploi et de la santé, lors de son audition par la Mission d’évaluation et de contrôle des lois de financement de la sécurité sociale (MECSS), le 1er juin 2011, a déclaré que l’ensemble des fraudes aux prestations et aux prélèvements détectées en 2010 a représenté 458 millions d’euros. Sur ces 458 millions, 40% sont liés au travail dissimulé et 34% à la branche maladie tandis que 20% relèvent de la branche famille et 2% de la branche vieillesse. De même, le rapporteur estime que la fraude aux prestations sociales doit représenter 4 milliards d’euros (fourchette haute en se fondant sur un rapport relatif au Royaume-Uni) tandis que la fraude aux prélèvements sociaux (notamment le travail dissimulé) représenterait entre 13,5 et 15,8 milliards d’euros (fourchette plus élevée également de l’agence centrale des organismes de sécurité sociale). L’orientation des propositions du rapport sur les fraudeurs aux prestations sociales alors que l’essentiel des fraudes relèvent du travail dissimulé est souligné par Jacqueline Fraysse au nom du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, p. 109-113. Rapport d’information n°3603 déposé par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale sur la lutte contre la fraude sociale, présenté par M le Député Dominique Tian (enregistré le 29 juin 2011), 453 p. URL : http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/rap-info/i3603.pdf.

    (8) Reportage de France Culture, dimanche 25 mars 2011.

    (9)  http://www.lefigaro.fr/international/2011/11/06/01003-20111106ARTFIG00226-gouvernement-d-union-nationale-pour-la-grece.php 

    (10) http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/grece-des-elections-anticipees-le-19-fevrier_1048219.html

    (11) L’Express, 1er novembre 2011, http://www.lexpress.fr/actualites/1/actualite/referendum-seisme-dans-la-zone-euro-tempete-au-sein-du-gouvernement-grec_1046522.html 

    (12) Ibid.

    (13) http://www.presseurop.eu/fr/content/article/1127641-le-chantage-de-papandreou-pour-survivre 

    (14) Clément Lacombe, Alain Salles, « Lucas Papadémos, un partisan de la rigueur à la tête de la Grèce », Le Monde, 11 novembre 2011.  http://www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2011/11/10/lucas-papademos-un-partisan-de-la-rigueur-a-la-tete-de-la-grece_1599862_1581613.html 

    (15) Propos tenus dans son ouvrage American Politics et cité par Noam Chomsky, Le profit avant l’homme, op. cit., p. 209.

    (16) Noam Chomsky, Le profit avant l’homme, p. 17. introduction de Robert W.Mac Chesney. Pour les détails sur les dispositions de l’AMI, cf. pp. 219 et s. Cet accord prévoyait notamment une interdiction pour les Etats de restreindre les flux de capitaux, avec possibilité pour les investisseurs de poursuivre en justice les Etats qui violeraient les droits ainsi accordés sans effet de réciprocité, c’est-à-dire sans possibilité de saisine de la justice par les gouvernements ou les citoyens contre les investisseurs. Cet accord comprenait enfin un effet cliquet ou de non retour, rendant impossible de voter une loi contraire à l’AMI et imposant l’élimination des dispositions nationales qui lui seraient contraires.

    (17) Ibid., p. 70.

    (18) Noam Chomsky, Le profit avant l’homme, op. cit., p. 197.

    (19) Cornelius Castoriadis, « La crise des sociétés occidentales » (texte de 1982), in La montée de l’insignifiance, Les carrefours du labyrinthe, tome IV, Paris, Le Seuil, 1996, p.14-15.

    (20) Guy Debord, La société du spectacle, Paris, Editions champ libre, 1971.

    (21) Noam Chomsky, Le profit avant l’homme, op. cit.. p. 11.

    (22) Ibid. p. 12.

    (23) Cornelius Castoriadis, « La crise… », op. cit., p.21.

    (24) Ibid., p. 21.

    (25) Cornelius Castoriadis, « Le délabrement de l’occident » (1991), in La montée de l’insignifiance…, op. cit., p. 72.

    (26) Noam Chomsky, Le profit avant l’home, op cit., p. 24. Noam Chomsky donne également comme exemple l’absence d’informations publiques sur les résultats de l’ALENA au bout de dix ans de mise en pratique de ce traité de libre échange entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. La position du mouvement  syndical américain et les conclusions du bureau de recherche du Congrès (OTA, Office of Technology Assessment) n’ont été diffusées que par des sources contestataires et ces sujets ont été exclus des débats électoraux. Ces rapports mettaient en évidence la croissance des investissements étrangers au Mexique parallèlement à la basse générale du total des investissements dans le pays tandis que l’économie passait aux mains des seules multinationales étrangères, p. 42-43.

    (27) Le dernier exemple en date étant le sommet du G20 à Cannes en 2011, avec une ville mise sous « haute surveillance ».

    (28) Noam Chomsky, op. cit., p. 47.

     

    BBLR

     

      


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique